Les abeilles sont gravement menacées et au-delà d'elles, c'est
l'humanité qui est en danger. Rappelons nous le nombre de plantes qui
dépendent de ces travailleuses. Rien qu'en Europe, il y a environ 20 000
espèces végétales qui ne doivent leur reproduction qu'à la pollinisation
des abeilles.
Pourquoi tombent-elles comme des mouches?
Il semblerait que les pesticides "nouvelle génération", dits
systémiques, soient responsables de cette hausse de la mortalité des
abeilles. En particulier le Gaucho - marque commercialisée par Bayer
groupe agrochimique - dont la substance active est l'imidaclopride.
La firme Bayer, vantant le Gaucho comme totalement inoffensif et non
stagnant dans la terre, prétendait résoudre les problèmes de pollution
liés à l'usage de pesticides classiques. Ce type de pesticide enrobe
directement la graine qui donnera le tournesol, le maïs, la betterave,
le blé, l'orge...Il est chargé de détruire pucerons et autres insectes,
c'est un puissant neuro toxique. Le seul problème est que finalement ce
produit s'est révélé beaucoup plus nocif que ne l'a dit Bayer.
Depuis 1994, les apiculteurs de différentes régions françaises se
sont plaints de pertes importantes de production de miel et d'abeilles.
Chaque année près du quart des ruches françaises perdent leurs
travailleuses. Autrement dit 450 000 ruchers ont été détruits entre 1996
et aujourd'hui. Après des recherches, ils ont pointé la responsabilité
du Gaucho dans la perte de leur cheptel. Depuis, les apiculteurs se
battent pour faire interdire ce traitement. Des études, faites en 1999
par le CNRS, vont dans leur sens puisqu'il est apparu que des traces
d'imidaclopride étaient encore présentes dans la terre pendant 2 ans. Il
est aussi apparu que ce produit se retrouve dans toutes les parties de
la plante et en particulier dans la fleur que l'abeille butine. Il est
prouvé enfin que l'abeille est très sensible à cette substance même à
des quantités infinitésimales. En ingérant ce produit, les abeilles sont
complètement perdues et n'arrivent plus à rejoindre leur ruche. Bref,
des conclusions accablantes pour un pesticide qui est pourtant un des
fleurons de la firme Bayer.
Finalement, Jean Glavany ministre de
l'agriculture, a suspendu l'autorisation de traiter le tournesol au
Gaucho en 1999, mais celui-ci a été remplacé par une autre substance -
le Fipronil- tout autant montré du doigt : le Régent d'Aventis (ex Rhône
Poulenc). De toute façon, cette mesure reste très insuffisante dans la
mesure où le Gaucho reste encore utilisé pour des plantes butinées par
les travailleuses - par exemple, le maïs qui est quand même la première
plante pollinifère -.
C'est pas vraiment cohérent... C'est
d'ailleurs ce qu'a exprimé en substance la décision du Conseil d'État,
en octobre 2002, en demandant au ministre de l'agriculture et de la
pêche de prendre en compte, sous trois mois, la demande des apiculteurs
qui exigent l'abrogation de l'autorisation du Gaucho.
Les apiculteurs n'ont certes pas dit leur dernier mot mais la partie
est serrée car n'oublions pas que la mise sur le marché de ce produit a
été validée par l'État en 1992 et que le Gaucho sur le maïs rapporte à
Bayer un chiffre d'affaire de 40 millions d'euros environ.
Dans ces conditions, il est difficile de penser que l'affaire soit
finie. Pourtant, de plus en plus de régions sont touchées par ce carnage
et "les abeilles françaises" ne sont pas les seules à disparaitre.
Cela fait maintenant 10 ans que le principe de précaution n'est pas
appliqué. Or, les conséquences pour l'humanité de la disparition des
abeilles vont bien au delà de la production de miel. En sauvant les
abeilles, il est question de sauver l'espèce humaine si l'on en croit
Eistein.
Il est troublant qu'en observant le problème sous un autre angle, on
prend conscience de certaines similitudes avec la problématique liée aux
OGM. En effet, on nous impose des productions qui nuisent à
l'environnement et à l'équilibre de la biodiversité. C'est la dictature
de l'agriculture destructive qui répond à des normes de profits rapides.
De grands groupes internationaux sont en train d'imposer de nouvelles
conditions de production alimentaire à l'échelle mondiale et les tests
d'homologation classiques nationaux se révèlent totalement dépassés. Le
principe de précaution est quant à lui une belle
farce.